Je vous propose de résoudre une énigme intitulée : Mystère Kisling.
J’ai sous les yeux 3 CD. Il est temps de commencer l’enquête. Je suis sûre que Mystère Kisling a laissé des indices un peu partout.

Cette photo a pour nom : “l’un des trois CD que j’ai sous les yeux”.
Investigation.
“J’ai caché dans mes chansons, un peu par pudeur, un peu par malice, quelques notes d’amour et de reconnaissance pour ceux et celles qui supportent, au fil du temps, toute la panoplie de mes défauts. Merci“. C’est par ces mots que Jérémie Kisling achève la litanie des remerciements figurant sur le livret de son premier album, Monsieur Obsolète (2002)
Pudeur et malice. Voilà nos deux premiers indices.
“Merci à tout ce qui m’est chair “. Ça, c’est sur le livret double album “Le Ours” et “Le Ours Mal Léché” (2005). Voilà notre troisième indice.
Sur le livret de son dernier album, “Antimatière” (2009) il écrit : “bref, merci vous d’être vous, j’ai envie de dire”.
Et nous, on a envie de dire qu’à l’évidence, Jérémie Kisling aime bien dire merci. Il a même un mot doux pour ce bon vieux canton de Vaux et la ville de Lausanne, “si belle, tranquille et sauvage, comme un gros chat qui se laisse caresser“.
Vaux, Lausanne… La Suisse. Quatrième indice.
Enfin, on remarque que les deux premiers albums sont parus sous le label “Naïve”.
Naïve…Nous tenons là notre cinquième et dernier indice.
Voilà pour l’analyse des pièces à conviction.
Résumons :
- 3 CD dans leurs boitiers (2002, 2005 et 2009)
- le mot pudeur
- le mot malice
- des remerciements en pagaille
- un canton suisse, une ville suisse
- le label “naïve”
Il est maintenant possible de dresser un portrait robot.
Jérémie Kisling est un musicien suisse qui aime les mots, la musique des mots et les ani-mots (ho ho!). C’est du “texte qui chante” ou de la “musique qui parle”. Depuis 10 ans, il écrit des textes en français avec pudeur et malice et fait de la “musique naïve” un nouveau genre musical, un peu comme l’art naïf qu’on apprécie en peinture, sauf que là, c’est une peinture qui fait du bruit. Est-ce que j’ai perdu quelqu’un en route? Non ça va, tout le monde suit ?
C’est un homme discret. Il ne fait pas de bruit. Il ne fait pas de tintouin tralala boumboum. Il travaille tranquillement en famille, en compagnie de ses trois sœurs qui prêtent leurs jolies voix sur ses albums et l’accompagnent en tournée.
Il soigne autant ses textes que ses mélodies : instruments à cordes et à vent, piano, orchestrations subtiles teintées de pop qui trottent dans la tête et donnent envie de chanter sous la douche “je veux être un canard dans l’eau” ou “l’amour n’est tout que s’il est né de rien“.
Notre enquête pourrait s’arrêter là. Mais si vous voulez percer le mystère Kisling, il vous devrez replonger les yeux fermés dans le monde de l’enfance, ce pays merveilleux où la syntaxe paraît un peu abstraite, où les gens s’appellent tous Monsieur Quelquechose et où les animaux parlent : normal !
Car :
1) Jérémie est un grand enfant
- il a quelques difficultés avec la syntaxe (“jusque à la fin de les jours / à le creux de ses bras / je veux faire le amour”)
- il invente des mots “je fais couac couac”
- il appelle ses musiciens Monsieur Trompette, Monsieur Bidouille et Monsieur Boumboum
- il pense que “les filles c’est chouette, ça colle aux dents” (comme un carambar).
2) Jérémie fait parler les Zanimaux :
- le chien guide (qui fait un solo de chien)
- le chat
- le ours de les montagnes (qui fait un solo d’ours)
- le canard dans l’eau (qui fait couac couac)
- le teddy bear (qui a des fourmis dans les poils)
Ses 3 albums sont le reflet de sa sensibilité douce-amére, faussement candide, parfois tragi-comique (“vous voulez que j’suis né, mais pourquoi?”). Il se lamente parfois, mais toujours avec une grande délicatesse. On est très loin des clichés de la chanson larmoyante qui réutilise en permanence les mêmes ressorts (“tu-m’as-quitté-mon-dieu-je-suis-si-malheureux-que-vais-je-devenir”). Il nous offre tout juste assez de vague à l’âme pour nous questionner doucement sur notre propre peur du temps qui défile, de l’antiride, de la calvitie ou des gens qui ne restent pas les mêmes, malgré toutes leurs belles promesses (“Rester la même, je crois que je pourrais pas, j’ai peur que les années viennent...”). Le temps qui passe et qui angoisse, fatigue et peu à peu nous efface (“la vie, ce savon liquide qui délave les humains“).
Parfois il s’énerve et il crie, comme un chien qui se ferait mordre le pif par un plus gros chien (sur “Alice“, “J’ai trente ans” ou “Savon Liquide“). C’est sans doute thérapeutique, comme d’aller hurler la nuit dans un cimetière. Généralement, c’est quand il fait allusion au temps qui passe et à l’âge qu’il a. Oui parce que chut, parler de ça, Jérémie mimi n’aime pas.
Il y a sûrement bien d’autres choses que Jérémie n’aime pas. Sa face cachée, c’est un titre grinçant et douloureux comme une rage de dents : “Par dessus la Terre“, interdit de diffusion en Suisse. Ce titre figure uniquement en bonus track sur l’édition québécoise de l’album “Antimatière”. Tabernacle. La France est un pays laïque, il est fort dommage que le titre ne figure pas sur l’édition française.
Et parce que Yoshi-Le-Blog défend la chanson libre voici en exclusivité un extrait des paroles de cette très jolie chanson.
(…) Moi je voulais être votre frère, votre chair
Mais pas le plomb de vos canons, pas le patron de vos guerres
Qui n’ont de Saintes que de nom
Et convertissent les plaines en cimetière
Vous avez voilé caché pour mieux contenir
Vous avez brûlé, tranché, pour mieux me servir
Tous ces morceaux de foi, je voudrais les vomir
Mais pendant que vous blessiez au lieu de bénir
Que vous massacriez en mon souvenir
Je voyais se changer mon Royaume en Empire (…)
Pour l’écouter en entier, par ici
Conclusion de l’enquête
Depuis 10 ans, Jérémie Kisling tient le cap. Il n’a jamais bu le bouillon de la soupe populaire musicale. Il garde toute sa fraicheur, mieux qu’une laitue dans son ziploc.
Il mérite votre confiance, comme un bon vieux lave linge qui lave plus blanc que blanc et garde toutes les belles couleurs de les vêtements qu’on aime.
Pour l’écouter, Deezer et votre ami, cliquouillez par ici.
















